La pêche de loisir
Constat
Les pêcheurs de poissons d’eau douce en France sont estimés à environ 1,2 millions d’adeptes puisque c’est le nombre de personnes qui ont acquitté la taxe piscicole en 2006. Ce chiffre diminue de façon régulière, 32% ces dix dernières années, au grand dam des responsables de la pêche, notamment les fédérations départementales et le Conseil Supérieur de la Pêche. Un assainissement éthique de la pêche de loisir est à envisager par des mesures devenues indispensables.
Plusieurs centaines de millions de poissons appartenant à vingt cinq espèces d’eau douce et à une vingtaine d’espèces marines sont pêchés pour le loisir chaque année en France. Au cours de cette première décennie du 21 ème siècle, plusieurs études scientifiques, conduites notamment par des chercheurs britanniques et canadiens (en particulier, L. Sneddon, K. Chandroo, R. Dienlop, P. Laming, R. Moccia, S. Yue) viennent confirmer l’existence, supposée depuis 20 ans, d’une perception consciente de la douleur, voire d’une forme de souffrance, chez les poissons. Sachant que les poissons ressentent la douleur et que leur pêche implique de leur en infliger, continuer à pratiquer la pêche dans le but de se distraire est éthiquement réprouvable.
Des pratiques très douloureuses pour le poisson à supprimer
La pêche au vif
Elle consiste à utiliser un petit poisson vivant comme appât en l’accrochant par une partie du corps (bouche, dos, flanc) avec un ou deux hameçons à branches multiples pour pêcher des poissons carnassiers (brochet, sandre, perche, etc.). Le poisson transformé en appât survivra de quelques minutes à une heure au maximum. Dans des douleurs intenses, il s’épuisera jusqu’à sa mort, en tentant de rejoindre le fond pour s’y cacher. Á cause des blessures qu’elle inflige au vif lors de son accrochage et de son utilisation, cette technique est particulièrement cruelle.
La pêche au vif est l’objet d’une réglementation rigoureuse dans plusieurs pays européens. Totalement interdite aux Pays-Bas, elle est très restreinte en Norvège, dans les Communautés autonomes espagnoles et dans la majorité des Länder allemands. En application de l’article 521-1 du code pénal sur les sévices graves et actes de cruauté envers les animaux, la pêche au vif devrait être réprimée en France.
Cet avis a été confirmé à la LFDA, en 1997, par une lettre de M. Philippe VASSEUR, alors ministre de l’agriculture et de la pêche.
L’usage de la gaffe
La gaffe est un crochet métallique qui sert à transpercer le poisson vivant pour le hisser hors de l’eau. L’article R.* 436-32 du code de l'environnement indique qu’il est interdit «d’employer tous procédés ou de faire usage de tous engins destinés à accrocher le poisson autrement que par la bouche. Toutefois, est autorisé pour retirer le poisson de l’eau déjà ferré l’emploi de l’épuisette et de la gaffe. Dans les cours d’eau et parties de cours d’eau classés comme cours d’eau à saumon, le préfet peut interdire l’usage de la gaffe». Pour des raisons d’éthique, et en application de l’article 521-1 du code pénal qui réprime les actes de cruauté sur les animaux, la gaffe doit être interdite pour toute pêche de loisir. Les mêmes arguments et conclusions sont applicables aussi à la pêche à l’arc ou au fusil sous-marin.
Des pratiques écologiquement contestables à éviter
Le repeuplement artificiel
Afin d’assurer des prises aux pêcheurs, des milliers de tonnes de jeunes poissons de pisciculture sont déversés dans les cours d’eau tout au long de l’année. Ce « repeuplement » n’est qu’illusoire car de nombreux alevins, élevés et nourris en captivité, n’atteindront pas l’âge adulte par total inadaptation au milieu naturel. La majorité des alevins se font éliminer durant la première année. Il faut mettre à l’eau 100 truites de piscicultures pour obtenir un ou deux individus adultes.
Les élevages intensifs de poissons d’eau douce (comme ceux d’eau de mer) sont une source de pollution permanente pour l’environnement par des déchets solides, des déchets de nitrates et de phosphates, des antibiotiques donnés aux poissons, des antiparasitaires pour désinfecter les bassins, etc. De plus, les maladies se multiplient rapidement en élevage intensif, et peuvent se transmettre aux souches sauvages. Les poissons de pisciculture présentent souvent des malformations de la mâchoire, des yeux, des branchies dues aux dérives de la sélection génétique.
Ces malformations peuvent se transmettre aux poissons autochtones qui perdront la rusticité qui a fait d’eux des animaux parfaitement adaptés à leur milieu.
Les concours de pêche
Des poissons de pisciculture sont lâchés pour servir de trophées aux participants. Cette pratique est particulièrement scandaleuse : capturer le maximum de poissons en un minimum de temps est contraire à l’éthique comme à la conservation des espèces. Il est également fréquent de mettre à l’eau des animaux adultes. Ces poissons qui sont habitués à recevoir des granulés comme alimentation, se jettent facilement sur les appâts. Comme le cas du repeuplement artificiel, les poissons ne s’adaptent pas à leur nouveau milieu et survivent donc peu de temps. Ce genre de concours est à bannir.
Des pratiques à encourager
Utiliser des hameçons sans ardillon
Pour certaines espèces de poissons d’eau douce (comme celles d’eau de mer), la réglementation impose de rejeter les prises dont la taille est inférieure à une dimension prescrite. Cette mesure a été prise afin que les poissons puissent se reproduire au moins une fois pour renouveler l’espèce. L’utilisation d’un hameçon simple sans ardillon permet un
décrochage facile et assure une chance de survie quasi certaine pour les poissons relâchés. Au contraire, l’hameçon à ardillon engendre des mutilations graves voire mortelles.
Même si des hameçons sans ardillon sont vendus dans le commerce, la plupart des hameçons sont encore vendus avec un ardillon. Si c’est le cas, il est très facile d’écraser l’ardillon avec une pince plate comme le préconise la majorité des sociétés de pêche dans leur règlement intérieur.
La pratique du « catch and release » ou « no kill »
Pour des raisons de préservation de certaines espèces, l’article L. 436-5 du code de l’environnement impose des tailles minimales de capture afin que les poissons puissent se reproduire au moins une fois pour sauvegarder l’espèce. Les tailles légales des poissons d’eau douce sont fixées en centimètres par l’article R.* 236-23 et R.* 236-24 du code de l’environnement. Le préfet peut augmenter ou baisser, par arrêté motivé, la taille de capture des salmonidés. Des dispositions réglementaires équivalentes (Décret n° 90-618 du 11 juillet 1990 modifié par le décret n° 99-1163 du 21 décembre 1999) s’appliquent à plusieurs espèces de poissons d’eau de mer.
La pratique du « catch and release » (attraper et relâcher) ou « no kill » (sans tuer) se développe de plus en plus sur divers parcours en France quel que soit le type de pêche pratiqué car beaucoup de pêcheurs ne recherchent que l’émotion de la capture, et relâchent spontanément leur prise. Sur ces parcours, l’usage des hameçons sans ardillon est encouragé.
Position de la LFDA
La Fondation Ligue française des droits de l’animal ne peut admettre la pêche de loisir, puisqu’elle n’est plus une pêche de subsistance dans notre pays. Cette distraction contrevient d’ailleurs à l’article 4 la Déclaration universelle des droits de l’animal qui s’oppose à toute utilisation de l’animal sauvage à d’autres fins que vitales.
La LFDA demande l’abandon immédiat des pratiques les plus cruelles comme la pêche au vif, l’emploi de la gaffe, la pêche à l’arc, l’usage du « fusil » sous-marin ou des foënes.
Les responsables de la pêche de loisir doivent engager des réformes dans ce loisir en pleine mutation en prenant en compte l’évolution des mentalités qui va immanquablement vers plus de respect vis-à-vis de l’animal. Cela s’accompagne nécessairement par de nouvelles propositions d’articles réglementaires visant à éliminer les techniques cruelles pour les animaux et par une information valorisante des pêcheurs qui doit les inciter à abandonner certaines pratiques. Dans la plupart des écoles de pêche en France, une charte d’agrément fixe comme premier objectif le respect du poisson ; c’est la bonne voie à suivre.
Quelques recommandations à ceux qui sont encore pêcheurs
-Utiliser des hameçons simples sans ardillon ou écraser l’ardillon
-Ne pas utiliser d’hameçon double ou triple qui engendre de graves blessures
-Décrocher le poisson avec précaution
-Les poissons aussi respirent, mais leurs branchies ne peuvent extraire l’oxygène de l’air. Ne pas donc les sortir inutilement hors de l’eau et si nécessaire préférer les assommer plutôt que de les laisser agoniser d’asphyxie
-Préférer les leurres artificiels aux appâts naturels
-Ne pas utiliser des poissons vivants ou morts, ni d’autres vertébrés comme appâts
-Écourter le temps du « combat » pour ne pas épuiser le poisson et pour pouvoir le relâcher avec un maximum de chance de survie
-Privilégier les parcours « No kill » ou « catch and release »
-Remettre à l’eau les poisons ne dépassant pas largement la taille réglementaire
-Pour relâcher le poisson : après avoir enlevé l’hameçon, présenter le poisson en position naturelle horizontalement, face au courant, pour que l’eau puisse passer à travers ses branchies puis le laisser partir de lui-même
-Garder seulement les poissons qui seront consommés et limiter le nombre des prises par jour -Ne pas participer à des concours de pêche
-Respecter l’environnement du lieu de pêche, ramasser ses détritus.
Pour en savoir plus : « Réformer la pêche de loisir »
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