La chasse de loisir

Constat
En 2006, la France comptait 1 361 000 chasseurs, soit 2,1 % de la population de Métropole et d’Outre Mer.
91 espèces d’oiseaux et de mammifères peuvent être chassées sur le territoire national. Selon la dernière enquête publiée par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage et correspondant à la saison de chasse à tir 1998/1999 (années où l’on comptait 1 492 000 chasseurs) c’est plus de 31 millions d’animaux appartenant à 39 des 91 espèces chassables qui ont été abattus en France : 25 703 000 oiseaux et 5 622 000 mammifères ! A ce nombre il convient d’ajouter celui des animaux blessés, non retrouvés par les chasseurs et qui sont morts après une longue et très douloureuse agonie. Jusqu’à 1/3 tiers des animaux touchés est estimé ne pas être retrouvé.
La chasse à tir, en répandant chaque année dans la nature plus de 10 000 tonnes de grenaille de plomb, constitue, de plus, une importante source de pollution notamment dans les zones humides où les plombs accumulés au fond des étangs, des marais et des estuaires provoquent l’empoisonnement de plusieurs espèces de canards et d’oie. Cet empoissonnement au plomb ou saturnisme représente la deuxième cause de mortalité des oiseaux d’eau après la chasse au fusil.
Le nombre des animaux tués chaque année, par les techniques de chasse autres que celle du tir au fusil et celui des animaux illégalement tués par braconnage sont difficiles à estimer avec précision, mais serait de l’ordre d’au moins 2 millions.
Il convient enfin de comptabiliser également environ 700 000 animaux qui, appartenant à une espèce classée « nuisible », sont tués chaque année par piégeage.
Au total, moins de 3% de la population française de plus de 16 ans, sacrifie pour ses loisirs près de 50 millions d’animaux chaque année.
A tous ces titres, la France a le triste « honneur » d’être classée, de très loin, au premier rang, record toutes catégories, des pays européens qui se livrent à cette activité dite « sportive » ou de « loisir ».
Techniques de chasse particulièrement cruelles
La chasse à courre
Cette technique de chasse ou vénerie consistant, à l’aide d’une meute de chiens et d’un groupe de cavaliers (grande vénerie) ou de chasseurs à pied (petite vénerie) à traquer et poursuivre des animaux sauvages jusqu’à leur épuisement, est particulièrement cruelle par l’intensité et la durée de la souffrance qu’elle inflige aux animaux.
En 1997, le Professeur Patrick Bateson dans son rapport au Council of the National Trust, « The behavioural an physiological effects of culling red deer », en apportait la démonstration ; ce rapport est consultable au centre de documentation de la Fondation LFDA. La vénerie tue près d’un million d’animaux chaque année en France dont 440 000 sangliers et 400 000 cervidés.
Elle porte notamment atteinte aux populations de cervidés en ne sélectionnant généralement que les « beaux trophées », c'est-à-dire des animaux en pleine force de l’âge. Elle est, de plus, extrêmement néfaste au moment des périodes de reproduction et de mue des animaux. Enfin son exercice, impliquant va-et-vient des voitures des suiveurs, sonneries, cavalcades des équipages perturbe l’ensemble de la faune sauvage.
Le déterrage
Le déterrage a pour principe d’acculer un animal (en particulier blaireau, renard, ragondin, rat musqué) au fond de son terrier, le plus souvent à l’aide de chiens. Ensuite un équipage creuse la galerie du terrier à la pelle ou à la pioche afin de pouvoir saisir l’animal à l’aide de pinces et le mettre à mort, notamment à coups de gourdin ou de couteau.
Cette pratique cruelle est appelée « vénerie sous terre », lorsqu’elle concerne un animal classé « gibier » et est pratiquée par un équipage de chiens accrédité. Elle s’effectue du 15 septembre au 15 janvier mais peut–être autorisée dès le mois de mai. Elle touche alors également les jeunes animaux qui ne sont pas encore sortis du terrier parental. Pour les autres animaux classés « nuisibles », le déterrage peut être pratiqué toute l’année. Cette technique fait l’objet de concours internationaux organisés sur le territoire national français où cette pratique est encore autorisée à la différence de 9 autres pays européens où elle est interdite.
La chasse à l’arc
La chasse à l’arc, légalisée par l’arrêté du 15/02/1995, signé par Michel Barnier alors ministre de l’environnement, voit ses clubs de formation se multiplier. La chasse à l’arc, si elle tue un moins grand nombre d’animaux que les autres types de chasse, est particulièrement cruelle, car les animaux atteints par les flèches sont rarement tués sur le coup ; blessés, ils fuient parfois pour aller mourir au loin dans de longues souffrances.
La chasse nocturne
La chasse de nuit, autorisée depuis juillet 2000 pour les oiseaux d’eau dans 27 départements, est très dommageable à la faune ornithologique. L’obscurité rend impossible la recherche immédiate des oiseaux blessés et rend fréquente la confusion entre espèces chassables et espèces protégées. Elle dérange fortement le repos des oiseaux sur les plans d’eau et y empêche l’arrêt d’un grand nombre oiseaux en survol venus pour s’y nourrir et s’y reposer.
Le piégeage des animaux dits « nuisibles »
La destruction des animaux des espèces classées « nuisibles », ( selon une liste établie dans chaque département par le Préfet en se référant à la liste nationale comportant 18 espèces susceptibles d’être classée « nuisibles » établie par le ministère de l’environnement), peut être opérée par des pièges . 5 catégories de pièges sont utilisés par quelques 86 000 piégeurs « agréés » : pièges à mâchoire, à collets, à lacet, pièges entraînant la mort par noyade, pièges à assommoir ; plusieurs ont la particularité de blesser ou de tuer l’animal de manière particulièrement cruelle.
Pour plus d’informations consulter la publication « Pourquoi certaines espèces animales sont classées nuisibles ».
Les justifications des chasseurs
Selon un sondage CSA commandité en 2004 par la Fédération nationale de la chasse, les motivations des chasseurs sont le contact avec la nature (99%), la convivialité (93%) et l'entretien et la protection des milieux naturels (89%). On notera que la satisfaction de ces louables motivations ne nécessite nullement de tuer des animaux et qu'elle pourrait s’accomplir dans d’autres activités de loisir sportif et de plein-air telles qu’observations naturalistes d’animaux à la jumelle, partie et concours de chasse photographique, cueillette de champignons, en groupe …à l’issue desquelles conversations animées autour d’un déjeuner festif peuvent être tout à fait conviviales.
Ces motivations ne pouvant justifier un plaisir de tuer des animaux, les chasseurs ont recours à toute une batterie d’arguments :
1. Les pratiques de la chasse devraient être préservées parce qu’elles relèvent de traditions culturelles régionales et sa démocratisation de l’abolition des privilèges par la Révolution française, permettant à tous les citoyens et notamment aux classes sociales les plus démunies du monde rural, non propriétaires d’élevage, de pouvoir mieux se nourrir. Les populations rurales comme citadines pouvant désormais aisément accéder aux ressources protéiques alimentaires extrêmement diversifiées produites par l’élevage, cette conquête historique n’a aujourd’hui plus de sens.
On notera, de plus, que de nombreuses traditions se sont éteintes ou ont été abolies depuis des siècles dès lors où l’évolution de l’économie, des mentalités, de la morale ou le Droit les ont fait reconnaître majoritairement comme devenues inadaptées, dommageables ou moralement inacceptables.
2. La chasse serait une activité naturelle et ancestrale de l’homme comme elle l’est pour les autres animaux carnivores ou omnivores et serait légitime pourvu que l’on mange les animaux que l’on abat.
On remarquera cependant que la chasse ne demeure une nécessité vitale que pour quelques populations humaines vivant exclusivement des ressources alimentaires de milieux naturels que sont certaines régions polaires ou désertiques, des brousses ou des forêts tropicales. De plus de nombreux chasseurs avouent ne pas le manger leur gibier et le donner (voire parfois le vendre).
3. La chasse serait aussi une activité socialement, économiquement et écologiquement particulièrement utile.
Les chasseurs se disent contribuer à gérer, à « réguler gratuitement par leurs prélèvements » les populations d’animaux gibiers et d’animaux qualifiés de « nuisibles » qui, sans eux, seraient en situation de surpeuplement et menaceraient le reste de la faune et la flore ainsi que les exploitations agricoles. Ils contribueraient aussi à maintenir la bonne santé des populations en tuant les animaux les plus faibles. Les chasseurs par leurs observations des comportements des animaux et leur connaissance des milieux naturels seraient également utiles à la science écologique. En investissant beaucoup de temps et d’argent, ils contribueraient enfin notablement à l’économie régionale.
En contrepoint, on notera que le soutien au développement d’autres activités en milieu naturel, tels que l’écotourisme et la chasse photographique serait bien plus économiquement rentables. On remarquera aussi que les chasseurs ont contribué et contribuent encore avec les agriculteurs à dépeupler les milieux des prédateurs naturels des espèces « gibiers » et qu’ils contribuent au surpeuplement local de certaines espèces par le lâcher d’animaux issus d’élevages, tels notamment les sangliers dont on déplore, par ailleurs, la prolifération.
De plus, aucun chasseur amateur, sauf peut-être s’il est aussi vétérinaire, n’est en mesure d’apprécier si l’animal qu’il met en joue est malade ou affaibli.
4. La chasse, activité sportive, nécessitant marche, endurance, adresse, vivacité, attention, maîtrise de soi, patience, favoriserait l’entretien de la santé physique et psychologique de ceux qui la pratiquent.
Mais il est reconnu de façon certaine que de nombreuses activités sportives de plein-air, non violentes ni pour les animaux ni pour l’homme, sont plus efficaces que la chasse pour préserver à la fois la santé physique et l’harmonie psychologique.
Position et propositions de la Fondation LFDA
Blesser et tuer des animaux pour se distraire ou pour d’autres motifs, dans des situations où la souffrance et l’abattage des animaux peuvent-être évitables, est une pratique éthiquement condamnable.
La gestion des populations d’animaux sauvages ne peut être convenablement assurée, même si elle peut-être coûteuse, que par des agents assermentés de l’Etat, hautement qualifiés par une formation théorique et pratique de plusieurs années, leur donnant compétence à : -reconnaître les animaux affaiblis ou malades, ou menaçant par leur sureffectif un milieu naturel ou des activités humaines ou pouvant porter atteinte par la maladie infectieuse ou parasitaire qu’ils véhiculent à la santé des autres animaux ou de l’homme ;
-les abattre sans souffrance, notamment en situation d’urgence et lorsqu’aucun autre moyen ne peut être envisagé (capture et soins, vaccination des animaux, transport d’animaux d’une région surpeuplée à une région sous peuplée) ;
-mettre en oeuvre des méthodes répulsives éloignant les animaux des plantations agricoles où ils seraient susceptibles de commettre des dégâts.
La législation concernant la régulation des espèces d’animaux sauvages sur le territoire nationale devrait être mise en cohérence avec celle qui réglemente la régulation des populations d’espèces végétales. Il est par exemple interdit à quiconque de couper un arbre malade ou non, de ramasser du bois mort dans un terrain qui ne lui appartient pas. Dans les terrains communaux ou du domaine public national seuls des professionnels communaux et des garde-forestiers sont habilités à le faire. Le respect des animaux, êtres sensibles à douleur, pourrait tout de même être aussi grand que celui des végétaux, êtres vivants non sensibles à la douleur !
La Fondation LFDA propose instamment:
- que la France, à l’homologue de plusieurs pays de la communauté européenne qui l’ont déjà fait, abolisse les pratiques de chasse particulièrement cruelles comme la vénerie, le déterrage, ainsi que les pratiques « traditionnelles » de capture ;
-que l’utilisation des pièges pour les espèces classées « nuisibles » soit interdite lorsque l’on peut leur substituer des dispositifs préventifs comme la pose de clôture électrique, de balises sonores ou lumineuses ou l’emploi de répulsifs chimiques ;
- que soient retirés de la liste des espèces susceptibles d’être classées « nuisibles » le renard et les mustélidés, prédateurs indispensables pour l’équilibre des populations de la faune sauvage, à l’instar des oiseaux « rapaces » reconnus comme régulateurs des rongeurs, dont les espèces sont, à ce titre, protégées par la loi ;
- que le port d’armes de chasse ou la pose de pièges soit interdite à tous les mineurs qu’ils soient accompagnés ou non par un adulte détenteur du permis de chasse ou de l’agrément de piégeage;
- que soient interdites, par circulaire académique, la présentation de conférences au sein d’établissements scolaires publics ou sous contrat avec l’Education nationale par des représentants des fédérations de chasse ou de piégeage, sous couvert d’éducation à la nature et en réalité pour promouvoir la chasse.
La Fondation LFDA œuvre enfin pour que le code de l’environnement, reconnaisse la nature d’être sensible aux animaux sauvages en liberté et soit ainsi mis en cohérence avec le code rural qui reconnaît cette sensibilité aux animaux d’espèces domestiques ou d’espèces sauvages lorsqu’ils sont apprivoisés ou tenus en captivité.
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